Malis Roadmap für dauerhaften Frieden hat lobenswerte Ziele: doch sie reicht nicht weit genug (engl.) – La feuille de route du Mali pour une paix durable

La feuille de route du Mali pour une paix durable ne va pas assez loin en dépit de ses objectifs louables
THE CONVERSATION – 27.08.2021 15:15
Par Stephen L. Esquith, Professor of political theory and global ethics, Michigan State University

Avant le coup d’État militaire de 2012, le Mali était cité en exemple pour sa transition vers la démocratie, en Afrique de l’Ouest. Ce n’est plus le cas.

Foto (c) EFE-EPA/Hadama Diakite: Supporters of the M5 opposition movement show their support for the military junta, calling for a new and inclusive Mali in Bamako in June. – Anhänger der M5-Oppositionsbewegung zeigen ihre Unterstützung für die Militärjunta, im Juni 2021: „NEIN zur Diskriminierung durch das Algier-Abkommen“ – Für ein Neues Mali, wo jede*r zählt“

Les Maliens sont pris en tenailles entre le lourd héritage d’un passé colonial, une économie politique mondiale qui les a appauvris, un gouvernement avec des dysfonctionnements, de violents conflits interethniques et des attaques lancées par des terroristes et par leurs propres forces armées. Ce pays est considéré comme l’épicentre d’une région réputée pour sa violence. Il n’est donc pas étonnant que les perspectives pour la paix et la sécurité humaine au Mali soient devenues si sombres.
En 2020, alors que les violences djihadistes et interethniques s’intensifiaient, le soutien au président malien, Ibrahim Boubacar Keita, s’est effrité. Et ce, en dépit du fait qu’il avait été élu à une large majorité en 2013 et réélu cinq ans plus tard. En août 2020, à l’approche des élections, il a démissionné après avoir été arrêté lors d’un coup d’État militaire.
Puis, en mai 2021, le pays a connu son deuxième coup d’État en neuf mois ; cette fois, perpétré par certains dirigeants de la direction de transition elle-même, au motif que le gouvernement de transition ne respectait pas sa propre charte. Quelques semaines plus tôt, un ancien chef rebelle qui avait pris part au processus de paix, avait été assassiné.
Des groupes violents, dont ceux liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, lancent fréquemment des attaques dans le nord, le centre et l’est du Mali, et leur présence est de plus en plus notable dans le sud du pays et au-delà des frontières.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga, a annoncé au Conseil national de transition au pouvoir, l’élaboration d’un plan d’action gouvernemental pour préparer les élections présidentielles et législatives, respectivement en février et en mars 2022. Ce plan a été rapidement approuvé par le Conseil en place.
Le plan en question comprend les contributions de 25 départements ministériels sous la présidence du Premier ministre, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement.
Les éléments fondamentaux du plan sont répartis en quatre catégories : renforcement de la sécurité nationale, conduite des réformes institutionnelles, tenue des élections et promotion de la bonne gouvernance. Ces domaines essentiels doivent être pris en charge pour accroître la confiance dans le processus de paix mis en place par les Accords de paix d’Alger de 2015 qui ont abouti à un cessez-le-feu partiel dans certaines parties du pays.

À mon avis, il est peu probable ce plan va permettre d’atténuer le conflit armé et de réformer les institutions de manière satisfaisante pour atteindre ainsi ses objectifs. Il ne mènera à une paix plus durable que s’il est plus inclusif et s’il parvient à associer ce qu’une professeure de résolution des conflits, Pamina Firchow, décrit comme la paix au quotidien au niveau local avec les mesures visant à assurer la sécurité nationale.
Pour autant, cela ne signifie pas que ce plan doit être ignoré ou contrecarré. Cela signifie plutôt qu’il doit être approfondi pour la poursuite de ses objectifs.
Renforcer la sécurité nationale
Il s’agit de l’élément central du plan. Le Premier ministre a loué les efforts des forces armées maliennes en ce qui concerne le maintien de la paix et a souligné la nécessité de répondre aux attaques terroristes, en particulier dans les régions du nord et du centre du pays.
Le plan prévoit, néanmoins, de mieux former et de mieux équiper les militaires. Parallèlement, il contient un engagement à démilitariser le pays, à réorganiser la production économique en dehors des objectifs militaires, et à réintégrer les anciens combattants étatiques ou non étatiques dans l’économie civile en leur offrant une formation professionnelle et des possibilités d’emploi.
Pour mener à bien ces plans sur la sécurité, le gouvernement promet de rendre les accords de paix d’Alger de 2015 plus inclusifs.
Une façon d’y parvenir serait d’intégrer certains des groupes armés non étatiques dans l’armée nationale, afin de mieux protéger les communautés locales de la violence criminelle et des insurgés intransigeants. Cela permettrait de faire régner une sorte de paix au quotidien qui fait actuellement défaut sur les marchés, dans les écoles et dans les quartiers.
Pourtant, le plan ne va pas aussi loin.
Réformes politiques et institutionnelles
Un certain nombre de réunions ont eu lieu, à cet effet, ces dernières années. En se référant aux recommandations issues de ces forums, le plan prévoit une série de rencontres nationales qui donneront la parole, sans censure, à tous les citoyens, à partir du niveau local à l’échelon national.
Le Premier ministre a donné l’assurance que les recommandations issues de ces rencontres seront applicables pendant les six mois restants de la période de transition et ultérieurement.
Selon le Premier ministre, il existe

…un besoin urgent de réformes pour rénover non seulement le cadre politique et pour adapter les textes fondamentaux de la République, mais aussi pour doter notre pays d’institutions fortes et légitimes qui contribueront à une stabilité politique et une paix sociale durables.

En tant que tel, ce langage est peu convaincant venant de lui. Il a manifesté très peu d’intérêt pour la démocratie, locale ou nationale, tout au long de sa carrière, à commencer par son alliance à ses débuts avec l’ancien dirigeant autoritaire Moussa Traoré.
Des élections générales
Le plan d’action prévoit des « élections générales transparentes, crédibles et inclusives » pour permettre au Mali de revenir à un « ordre constitutionnel normal ». Ce plan met l’accent, en particulier, sur l’inclusion des réfugiés et des personnes déplacées. Pour ce faire, un organe unique de gestion des élections sera créé pour garantir des élections élections libres et régulières.
Bien qu’il s’agisse d’un objectif fort souhaitable, les mécanismes permettant d’organiser de telles élections n’existent pas. Alors, penser qu’ils pourraient être créés en si peu de temps n’est pas réaliste.
On peut même se demander si le Président et le Premier ministre ne préparent tout simplement pas le terrain pour une prolongation de la charte de 18 mois pour le gouvernement de transition et pour leurs rôles futurs de leaders au sein de celui-ci.
Une bonne gouvernance et un pacte de stabilité
Pour éradiquer la corruption, le plan prévoit une « conférence sociale » qui donnera naissance à un nouveau « pacte de stabilité sociale ». Celui-ci va servir de base de base au nouveau contrat social entre les citoyens et le gouvernement qui va « améliorer les conditions de vie des populations et assurera une répartition équitable des richesses nationales ».
En recourant à des négociations et à des compromis, la conférence s’attaquera aux causes profondes de la violence et des inégalités, et pas seulement à leurs symptômes. Des fonds largement suffisants seront alloués aux « services sociaux de base », tels que la santé et l’éducation, et serviront à « harmoniser » les salaires de la fonction publique.
Cet objectif est également louable, quoique vague. Il ne tient, pourtant, pas compte du fait que la forte dépendance à l’égard de l’aide étrangère peut entraîner la rupture des relations entre les citoyens et l’État, remplaçant alors la loyauté politique par le clientélisme.

Un autre silence tout aussi révélateur est l’absence de toute mention du travail accompli par la Commission verité, justice et réconciliation du Mali qui a interrogé des réfugiés et des personnes déplacées au cours des cinq dernières années, afin de préparer le terrain pour des réparations.
Depuis 2004, je participe au processus de consolidation de la paix, en travaillant avec des enseignants, des artistes et des militants maliens, afin de préparer des cours de consolidation de la paix de niveau universitaire et des programmes communautaires dans le pays. Notre équipe travaille, depuis 2016, avec cette Commission pour diffuser des informations sur les causes et les conséquences de la violence armée au Mali et pour créer des supports destinés à préparer les citoyens aux dialogues locaux de consolidation de la paix.
Le plan aurait, au moins, dû faire référence au travail de la Commission, en particulier à son engagement auprès des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Conclusion
Même si la confiance dans l’accord de paix de 2015 et dans le gouvernement provisoire de 2020 a faibli, de nombreux Maliens préfèrent encore la démocratie au parti unique et au régime militaire. C’est un signe encourageant.
Il y a encore, certes, beaucoup à faire avant qu’un nouveau gouvernement puisse être élu. Les généralités du plan d’action peuvent permettre au Président et au Premier ministre de prolonger la transition, mais c’est peut être la seule brèche. De nouvelles élections dans les circonstances actuelles pourraient contribuer à accroître la frustration sur le plan politique et conduire à une recrudescence de la violence interethnique et une présence terroriste accrue dans la région, avec le Mali comme épicentre.The Conversation
This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.
© 2021 theconversation.com

Mali’s roadmap for lasting peace has laudable goals: but it doesn’t go far enough
THE CONVERSATION – 24.08.2021 15:15
By Stephen L. Esquith, Professor of political theory and global ethics, Michigan State University

Prior to the military coup in 2012, Mali was praised for its transition to democracy in West Africa. That is no longer the case.
Malians are caught between the stubborn legacies of a colonial past, a global political economy that has left them impoverished, a dysfunctional government, violent inter-ethnic conflicts, and attacks from terrorists and their own armed forces. It is considered the epicentre of violence in a violent region. It is, therefore, no wonder that the prognosis for peace and human security for Mali has become so dire.
In 2020 as jihadist and inter-ethnic violence escalated, support for Malian president Ibrahim Boubacar Keita had plummeted. This was despite the fact that he had been elected by a large majority in 2013 and re-elected five years later. By August 2020, as elections were approaching, he resigned after being detained in a military-led coup.
Then, by May 2021, the country experienced its second coup in nine months, this time by some members of the transitional leadership itself on the grounds that the transitional government wasn’t following its own charter. Weeks earlier, a former rebel leader who had been part of the peace process was assassinated.
Violent groups, including those linked to al-Qaeda and Islamic State, frequently unleash attacks in north, central and eastern Mali, and their presence is spreading into the country’s south and across borders.
It is against this background that Malian prime minister Choguel Kokalla Maïga announced a government action plan to the governing National Transitional Council to prepare for presidential and legislative elections in February and March 2022. The plan was approved quickly by the governing council.
The plan includes the contributions of 25 ministerial departments under the chairmanship of the prime minister, with the support of the United Nations Development Program.
The basic components of the plan fall into four categories – strengthening national security, driving institutional reforms, holding elections and promoting good governance. These are the key areas that must be addressed to increase trust in the peace process set in motion by the 2015 Algiers Peace Accords which brought a partial ceasefire to parts of the country.

In my view, it is unlikely that the plan will reduce armed conflict and reform political institutions enough to achieve its goals. It will not lead to a more sustainable peace unless it is more inclusive and can connect what a professor of conflict resolution, Pamina Firchow, describes as everyday peace at the local level with measures to ensure national security.
But that doesn’t mean the plan should be ignored or opposed. Rather, it means that more needs to be done to achieve its goals.
Strengthening national security
This is the central component of the plan. The prime minister praised the peacekeeping efforts of the Malian Armed Forces and emphasised the need to respond to terrorist attacks, especially in the northern and central regions of the country.
Nonetheless, the plan calls for better military training and equipment. At the same time, there is a commitment to demilitarise the country, to reorganise economic production away from military purposes, and to reintegrate former state and non-state armed combatants into the civilian economy by providing vocational training and job opportunities.
To carry out these security plans, the government promises to make the 2015 Algiers Peace Accords more inclusive.
One way to do this would be to integrate some of the non-state armed forces into the national army to better protect local communities from criminal violence and intransigent insurgents. This would create the kind of everyday peace in the markets, schools and neighbourhoods that is now lacking.
Yet the plan does not go this far.
Political and institutional reforms
There have been a number of meetings in recent years for this purpose. Based on the recommendations that have come out of these forums, the plan calls for a series of national meetings that will give voice, without censorship, to all citizens from the local to the national level.
The prime minister gave the assurance that the recommendations resulting from these meetings will be enforceable during the remaining six months of the transition period and afterwards.
According to the prime minister, there is an

…urgent need for reforms to renovate not only the political framework and adapt the fundamental texts of the Republic, but also endow our country with strong and legitimate institutions that will allow lasting political stability and social peace.

But this language alone is unconvincing coming from him. He has shown very little interest in democracy, local or national, throughout his career, beginning with his early association with the former authoritarian leader Moussa Traore.
A general election
The action plan calls for “transparent, credible and inclusive general elections” to lead Mali’s return to a “normal constitutional order”. It stresses, in particular, the inclusion of refugees and displaced people. To this end, a single election management body will be established to ensure free and fair elections.
While a highly desirable goal, the mechanisms for conducting such elections do not exist. And it is unrealistic to think they could be created in such a short time.
One might even ask whether the president and prime minister are simply setting things up for an extension of the 18-month charter for the transitional government and their own leadership roles within it.
Good governance and a stability pact
To root out corruption, the plan calls for a “social conference” that will produce a new “social stability pact”. This will be the basis for a new social contract between citizens and the government that will “improve the living conditions of the populations and ensure a fair distribution of national wealth”.
Through negotiations and compromise, the conference will address the root causes of violence and inequality, not merely their symptoms. Ample funds will be provided for “basic social services” such as health and education, and bring civil service salaries into “harmony”.
This too, albeit vague, is a laudable goal. But it ignores the way in which heavy reliance on foreign aid can short circuit the relationship between citizens and the state, replacing political loyalty with clientelism.

Another telling silence is the absence of any mention of the work of the Malian Commission for Truth, Justice, and Reconciliation, which has been interviewing refugees and displaced people for the last five years to prepare the ground for reparations.
I have been involved in the peacebuilding process, working with Malian teachers, artists and activists since 2004 to develop university-level peace-building courses and community programmes in the country. Since 2016 our team has worked with the commission to disseminate information on the causes and effects of armed violence in Mali, and creating materials to prepare citizens for local peace-building dialogues.
At a minimum, the plan should have referenced the work of the commission, especially its involvement with refugees and internally displaced persons.
Conclusion
Even though confidence in the 2015 peace agreement and in the 2020 provisional government has faltered, many Malians still prefer democracy over one-party and military rule. This is an encouraging sign.
There is much that needs to be done before a new government can be elected, however. The action plan’s generalities may buy the president and prime minister a prolongation of the transition, but that may be all. New elections under the current circumstances might only heighten political frustration, and lead to more inter-ethnic violence and an increased terrorist presence in the region, with Mali as its epicentre.The Conversation

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.
© 2021 theconversation.com

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