NEUESTER REPORT DER ICG: ZENTRALMALI – PRODUKTION EINES AUFSTANDS? (engl.) – Dernier report de l’ICG: Mali central – la fabrique d’une insurrection ?

Central Mali: An Uprising in the Making?
Dakar/Bamako/Bruxelles (International Crisis Group) – Report No.238 – 06.07.2016
Violence is escalating in Central Mali, often neglected as the world focuses on problems in the country’s north.

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Mali central : la fabrique d’une insurrection ?
Dakar/Bamako/Bruxelles (International Crisis Group) – Rapport No.238 – 06.07.2016
Synthèse et Recommandations
Alors que toute l’attention est concentrée sur le Nord du Mali, le centre du pays, délaissé par l’Etat, est en proie à une montée inquiétante des violences armées. La gestion des ressources naturelles y suscite de multiples conflits que l’administration et les élites traditionnelles ne parviennent pas à réguler. Depuis plusieurs mois, une insurrection invoquant le jihad instrumentalise le discrédit qui frappe les pouvoirs publics pour étendre son influence. L’Etat et ses représentants sont chassés des zones rurales. Mais la violence prend aussi d’autres formes : les règlements de compte, le banditisme, et les milices d’autodéfense se développent. L’accord de paix signé à Bamako en juin 2015 concerne principalement les régions du Nord et néglige le centre du pays. Le gouvernement malien et ses principaux partenaires doivent permettre le retour effectif de l’Etat et la restauration de sa légitimité auprès de l’ensemble des populations du centre. En l’absence d’une réponse adaptée, cette zone plus peuplée que le Nord et vitale pour l’économie du pays pourrait devenir un foyer durable d’instabilité.

The International Crisis Group is an independent organisation working to prevent wars and shape policies that will build a more peaceful world….READ MORE (Who we are)

Laut Wikipedia: Die International Crisis Group (ICG) ist eine Nichtregierungsorganisation, gegründet 1995, welche Analysen und Lösungsvorschläge zu internationalen Konflikten liefert. … => Arbeitsfelder

L’International Crisis Group (ICG) est une ONG multinationale, à but non lucratif, fondée en 1995, dont la mission est de prévenir et résoudre les conflits meurtriers grâce à une analyse de la situation sur le terrain et des recommandations indépendantes.

Le centre est longtemps resté à l’écart des rébellions armées du Nord mais il en a subi le contrecoup à la suite de l’augmentation du brigandage massif et de la circulation accrue des armes depuis les années 2000. Les groupes marginalisés, dont une partie des éleveurs nomades, voient dans l’accès aux armes modernes un moyen de contester les hiérarchies en place. Ils remettent en cause les privilèges des élites urbanisées et des anciennes aristocraties locales. L’Etat, gangrené par la corruption et discrédité par la multiplication des brutalités des forces de sécurité, peine à assurer sa mission de médiation. Dans ce contexte, le repli communautaire s’accentue, en particulier parmi les populations peul, gagnées par un sentiment de victimisation ethnique.

La crise malienne de 2012 a marqué un tournant pour le centre, dont une partie a été occupée par des groupes armés. La fuite des agents de l’Etat a un peu plus affaibli la puissance publique et laissé de vastes territoires à l’abandon. Face à l’insécurité, une partie de la population a cherché auprès des groupes armés, y compris radicaux, une forme de protection ou de justice. En 2013, l’opération militaire française Serval a repoussé ces groupes mais, dans son sillage, le redéploiement des forces de sécurité maliennes s’est accompagné de nombreux abus, en particulier à l’égard des nomades peul et tamasheq. Le retour de fonctionnaires corrompus a aussi suscité l’hostilité des populations. Le réinvestissement des régions centrales par l’Etat n’a pas permis de restaurer la sécurité ni d’améliorer la relation des autorités avec les administrés.

Sur ce terreau fertile, un groupe radical, nommé par les médias le Front de libération du Macina (FLM) et lié au mouvement jihadiste Ansar Eddine, s’est développé. Ce groupe aux contours encore flous et dont l’existence même fait débat s’est illustré par des attaques meurtrières contre les forces maliennes dans plusieurs localités du centre depuis le début de l’année 2015. Il serait dirigé par Hamadoun Kouffa, un prédicateur musulman peul rendu célèbre par ses critiques virulentes de l’Etat et des élites locales. Depuis son entrée en scène, les agents de l’Etat, eux aussi ciblés par ses actions ou discours, ont de nouveau quitté une grande partie des territoires du centre et la violence s’est amplifiée.

Il est aujourd’hui difficile de distinguer ce qui relève du banditisme, des vendettas locales et de l’action des groupes radicaux dans le centre du pays. Ces derniers forment un noyau déterminé mais encore minoritaire, inégalement structuré, moins armé et moins lié aux trafics que les groupes radicaux actifs au Nord. Ils se développent cependant dans les zones rurales, profitant du discrédit de l’Etat, des frustrations et des peurs d’une partie des populations locales.

Le gouvernement malien a jusqu’ici privilégié une réponse sécuritaire qui donne quelques résultats mais ne permet pas à l’Etat de réinvestir l’ensemble des territoires du centre et contribue, par sa brutalité, à accentuer le divorce avec les populations. Surtout, les réponses politiques manquent de clarté et d’ambition. Le centre a été largement absent des pourparlers d’Alger qui ont permis la signature de l’accord de paix à Bamako en juin 2015. Les partenaires étrangers du Mali y restent également discrets. Ils sont plus présents à Bamako et plus impliqués dans le dossier du Nord.

Une partie des élites locales et des autorités sont aujourd’hui tentées de répondre à l’insécurité en soutenant le développement de groupes d’autodéfense à base communautaire. Ces milices ne peuvent constituer une réponse efficace au problème réel d’insécurité locale et encore moins remédier au discrédit dont souffre l’Etat. Dans l’état actuel de tensions inter et intracommunautaires, elles favorisent des épisodes de violence de plus en plus inquiétants tels que les incidents entre groupes armés bambara et peul en mai 2016, dont le bilan pourrait dépasser 40 morts.

Le centre du Mali est entré dans une zone de fortes turbulences mais les messages d’alerte précoce et les actions préventives peuvent encore empêcher la montée des mouvements extrémistes. Comme le souligne le rapport de Crisis Group Exploiter le chaos : l’Etat islamique et al-Qaeda (14 mars 2016), résoudre les conflits locaux permet de contenir l’extrémisme violent beaucoup plus qu’endiguer l’extrémisme violent ne permet de résorber les crises locales.

La réponse des autorités maliennes ne devrait pas se concentrer uniquement sur les opérations antiterroristes qui contribuent au rejet de l’Etat, tout particulièrement quand des abus sont commis sur les populations. Le gouvernement, en s’appuyant sur les élites locales, la société civile et ses partenaires extérieurs, devrait au contraire se montrer plus ambitieux et reconstruire les services publics dans une zone trop longtemps délaissée. Pour cela, il devrait structurer ses interventions, hiérarchiser les priorités et reconnaitre que la restauration de son autorité n’est pas uniquement une question de maintien de l’ordre mais dépend aussi de sa capacité à mettre en place des programmes efficaces dans les domaines de la justice et de l’éducation, afin de démontrer son utilité et son impartialité.

Recommandations
Pour enrayer la détérioration de la situation sécuritaire dans les régions centrales et permettre aux autorités publiques de rétablir une présence et une légitimité sur ces territoires

Au gouvernement du Mali :
1. Développer une stratégie visant à assurer le retour effectif de l’Etat et à restaurer sa légitimité auprès de l’ensemble des populations et, pour cela,

a. Procéder à une réforme effective de la police territoriale, qui pourrait s’inspirer de projets récents menés au Niger ; en particulier, les forces de l’ordre devraient recruter des hommes et des femmes au sein des différentes communautés pour permettre un service efficace y compris dans les zones nomades.

b. Elaborer, de la façon la plus inclusive possible, un plan spécial pour coordonner les efforts de l’Etat dans les régions du centre et identifier les actions prioritaires à mener, notamment dans les domaines de la justice, de l’éducation et de la gestion des ressources naturelles. Dans ce dernier domaine, prévoir des mécanismes pour renforcer la cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs.

c. Nommer un haut représentant pour les régions du centre, pour incarner l’engagement de l’Etat, travailler en consultation avec les populations et les associations, et assurer la coordination avec les bailleurs qui se mobiliseront.

2. Eviter le recours aux groupes d’autodéfense à base communautaire et renforcer les moyens donnés aux Forces de sécurité (FDS) tout en punissant sévèrement et publiquement les brutalités des FDS à l’égard des civils.

Aux élites locales représentants les différentes populations du centre :

3. Jouer le rôle essentiel de relai entre les populations et l’Etat et, pour cela, dépasser les clivages communautaires et les querelles de personnes et accepter de coopérer avec de nouveaux représentants des populations, notamment les chefs nomades et les responsables religieux, y compris ceux qui ont sympathisé avec les groupes armés depuis 2012.

4. Eviter de soutenir les mouvements armés ou les groupes d’autodéfense qui ne peuvent constituer qu’une réponse de court terme à l’insécurité et qui à plus longue échéance pourraient aggraver durablement les violences intercommunautaires au centre du pays.

5. Promouvoir à l’inverse, en partenariat avec l’Etat, le développement d’une police territoriale au service des populations, dans laquelle les différentes composantes ethniques et de genre sont représentées.

6. Encourager les initiatives locales de résolution des conflits, tout particulièrement celles portées par des associations suffisamment représentatives des populations du centre du Mali en termes d’âge, d’appartenance ethnique, d’activités socioprofessionnelles et de genre.

Aux principaux partenaires du Mali, tout particulièrement l’Union européenne :
7. Accompagner l’Etat dans son redéploiement concret au niveau local en mettant en place des programmes de soutien au développement des services publics dans les régions du centre.

8. Faire de Mopti une région pilote pour les politiques de coopération en matière de sécurité locale et plus particulièrement de police territoriale, dont les enseignements pourraient servir demain pour d’autres régions sahéliennes et notamment pour le Nord du Mali.

A la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) :
9. Etendre le bénéfice du programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) aux régions du centre sans déroger aux dispositions de l’accord de paix, en veillant à relier le DDR aux efforts de réforme de la police territoriale et en évitant de nourrir la constitution de groupes d’autodéfense échappant à une stricte régulation par les autorités publiques.

10. Soutenir la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire malien, conformément au mandat de la Minusma et, pour cela, adopter une approche fondée sur la restauration des services publics, y compris policiers, autant que sur le renforcement d’un dispositif militaire international.

=> Pour TELECHARGER le rapport complet en PDF

Central Mali: An Uprising in the Making?
Dakar/Bamako/Bruxelles (International Crisis Group) – Report No.238 – 06.07.2016
Violence is escalating in Central Mali, often neglected as the world focuses on problems in the country’s north. Radical groups and criminal gangs are exploiting years of short-sighted security policies that have lost the state much of its legitimacy. The government needs to recognise that state authority also rests on public services and dialogue with its people.
Executive Summary
While attention has focused on northern Mali, armed violence is escalating at an alarming rate in the centre of the country, long neglected by the state. The management of natural resources has given rise to multiple conflicts that the government and local elites are unable to control. For the past several months, a jihadist uprising has capitalised on the state’s lack of legitimacy and extended its influence. State representatives are being chased out of rural areas. Yet, violence also stems from settlings of scores, banditry and a growing number of self-defence militias. The peace agreement signed in Bamako in June 2015 applies primarily to northern regions and disregards the centre of the country. Mali’s government and its principal partners should renew their efforts to restore the state’s authority and legitimacy among all the communities of the area. Absent appropriate action, central Mali – an area more densely populated than the north and vital to the economy – risks becoming a source of protracted instability.

The centre has long not been involved in the armed rebellions of the north, but has suffered from its consequences: banditry has surged and weapons have become more readily available since the 2000s. Marginalised groups, in particular some nomadic herding communities, see taking up modern weapons as a way to challenge existing hierarchies, and to contest the privileges of urban elites and traditional local aristocracies. The state, plagued by corruption and discredited by acts of brutality by the security forces, is struggling to retain its ability to mediate between all sides. In the circumstances, ethnic communities are closing ranks, particularly the Fulanis, who see themselves as victims. … READ MORE

Recommendations
To prevent the security situation deteriorating further in the central regions and enable the state to reestablish its presence and regain legitimacy there

To the Malian government:
1. Develop a strategy to ensure the effective return of the state and the restoration of its legitimacy among all parts of the population. This should include:
a. Reform of the local police, taking a lead for instance from recent projects in Niger; in particular, security forces should recruit women and men from different ethnic groups to enable the effective carrying out of their duties, including in areas lived in by nomads.
b. A plan, developed through inclusive dialogue, to coordinate the state’s efforts in the centre and to identify priority actions, specifically in the justice, education and natural resources management. Work on the latter should establish mechanisms to enable herders and farmers to live together more peacefully.
c. Naming a high representative for the central regions to embody the state’s commitment to them, to work in consultation with local communities and civil society groups, and to ensure coordination with newly active donors.
2. Avoid using community self-defence groups, and strengthen the capacity of the security services while severely and publicly punishing security service abuses against civilians.

To elites representing local communities:
3. Take on the crucial role of mediating between citizens and the state, and in doing so, set aside intercommunal divides and individual disputes in order to cooperate with new representatives of local peoples, notably nomad chiefs and religious leaders, even those who have sympathised with armed groups since 2012.
4. Avoid supporting armed movements and self-defence groups, which are only a short-term response to insecurity and could, in the long run, dangerously fuel intercommunal violence in the centre of the country.
5. Conversely, promote – in partnership with the state – the development of a local police force that serves local people and whose composition is representative of the central regions’ diverse ethnic groups and both women and men.
6. Support local conflict resolution initiatives, specifically inclusive forums in which the local population’s diverse age, ethnicity, socio-economic status and gender groups are sufficiently representative of the peoples of central Mali.

To Mali’s main partners, in particular the European Union:
7. Assist the state to redeploy at the local level through programs aimed at supporting the development of public services in the central regions.
8. Make the Mopti region a pilot site to test cooperative policies aimed at improving local security and specifically reforming the local police – lessons drawn from here could serve other regions of the Sahel and northern Mali in particular.

To the UN Stabilization Mission in Mali (MINUSMA):
9. Extend the disarmament, demobilisation and reintegration (DDR) program so that it benefits both the north and the central regions without straying from the stipulations of the peace accord, making sure to link DDR to local police reform and avoid fuelling the creation of self-defence groups that are not strictly regulated by the authorities.
10. Support the restoration of state authority over Mali’s whole national territory according to MINUSMA’s mandate and, in order to do so, prioritise an approach that aims to restore public services, including those of the police, as much as seeking to reinforce the international military deployment.
© 2016 crisisgroup.org

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