IST KAPITÄN SANOGO NOCH DER STARKE MANN VON BAMAKO? – « Pas touche au capitaine Sanogo »

Kapitän Amadou Haya Sanogo
Foto (c) AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO: Aujourd’hui, le capitaine Sanogo a perdu une partie significative de son influence, mais elle est toujours présente.
Sanogo hat einen bedeutenden Teil seines Einflusses verloren, aber bleibt auf der Bühne.

Mali: „Der Einfluss von Kapitän Sanogo ist immer noch da“
Dakar (RFI) – 15/03/2013
In Mali ist es nicht gut, den Kapitän Sanogo zu kritisieren. Der Beweis dafür ist die Verhaftung, am 6. März, des Herausgebers der Zeitung Le Républicain, die einen offenen Brief von Soldaten gegen den ehemaligen Putschistenchef veröffentlicht hatte. Ist Kapitän Sanogo ein Jahr nach seinem Putsch immer noch der starke Mann von Bamako? Aus Dakar analysiert Gilles Yabi, Projektleiter für Westafrika von der International Crisis Group (ICG), die Situation.
RFI: „Rühren Sie nicht den Kapitän Sanogo an“, sagen die malischen Behörden.

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Mali: «L’influence du capitaine Sanogo existe toujours»
Dakar (RFI) – 15.03.2013
Par Christophe Boisbouvier
Au Mali, il ne fait pas bon critiquer le capitaine Sanogo. La preuve en est, l’arrestation, le 6 mars dernier, du directeur du journal Le Républicain, qui avait publié une lettre ouverte de soldats contre l’ancien chef putschiste. Un an après son coup d’Etat, le capitaine Sanogo est-il toujours l’homme fort de Bamako ? Depuis Dakar, Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’ONG International Crisis Group (ICG), analyse la situation.

RFI : « Pas touche au capitaine Sanogo », disent les autorités maliennes. Un journaliste de Bamako l’a appris à ses dépens. Est-ce que le chef putschiste ne reste pas l’homme fort de Bamako ?
Gilles Yabi : Je ne pense pas. Il y a quand même eu beaucoup de développement depuis le coup d’Etat de mars 2012. Aujourd’hui, le capitaine Sanogo a perdu une partie significative de son influence. Mais évidemment, réduction de l’influence ne veut pas dire élimination de l’influence et neutralisation politique totale du capitaine Sanogo et de la junte qui a fait le coup d’Etat l’année dernière.
L’arrestation du directeur du journal Le Républicain, Boukary Daou, n’est-elle pas la preuve qu’il a toujours la main sur l’appareil sécuritaire ?
C’est la preuve que son influence existe toujours. Mais il ne faut pas oublier que le capitaine Sanogo a nommé les chefs d’état-major des différents corps des forces maliennes, qu’il a également nommé les chefs du service de renseignements, la fameuse sécurité d’Etat à Bamako. Ces personnes lui sont donc toujours redevables. Forcément, on est également dans un contexte où le président Dioncounda Traoré a certes été renforcé par l’intervention militaire française, mais il cherche toujours à ménager le capitaine Sanogo dans cette phase de la transition.
Beaucoup disent que pour l’instant, le capitaine Sanogo fait profil bas, mais qu’en réalité, il ne renonce pas et que dès que les troupes étrangères seront parties, il tentera de reprendre la main.
Le coup d’Etat était davantage la conséquence d’une crise de la gouvernance du secteur de la sécurité et de la gouvernance du pays pendant des années, que, au fond, l’élément déclencheur de cette crise. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui la classe politique civile est décrédibilisée. Tant que la classe politique n’occupe pas l’espace politique, cela laisse la possibilité au capitaine Sanogo et à d’autres militaires d’occuper cet espace et de s’opposer à l’alternative à la classe politique. Cela peut effectivement toujours donner une place aux militaires.
Cela étant, le capitaine Sanogo, contrairement à d’autres capitaines dans la région qui ont pu prendre le pouvoir, est conscient de la réaction des partenaires internationaux et régionaux qui lui sont extrêmement hostiles, qui ne vont pas accepter qu’il puisse revenir, en tout cas au premier plan politique, à court ou à moyen terme.
Il paraît qu’entre eux, les lieutenants du capitaine Sanogo se disent : « En Mauritanie et au Niger, nos frères d’armes putschistes ont pu gouverner pendant au moins un an et se constituer un petit capital, pourquoi pas nous ? On n’a pas fait tout cela pour revenir au point de départ. »
Il y a des frustrations très claires aujourd’hui au sein de l’ex-junte. Elles sont liées au sentiment d’avoir fait un coup d’Etat, d’avoir dénoncé les responsables politiques – notamment l’ancien président Amadou Toumani Touré, mais également tous les acteurs politiques principaux des dernières années -, et finalement de voir revenir au premier plan ces acteurs politiques-là et y compris le président intérimaire Dioncounda Traoré.
Evidemment, il y a aussi la perception de risque que les élections organisées rapidement n’induisent finalement pas un changement important au niveau de la classe dirigeante du pays. Il y a donc cette frustration. Mais, à nouveau, on est dans un processus malien qui est quand même très internationalisé maintenant, avec une opération de maintien de la paix de l’ONU qui va se mettre en place. Dans ce dispositif-là, il sera difficile au capitaine Sanogo et aux éléments de la junte de résister et d’imposer leur vision.
Mais cette force internationale, dans un an ou deux, sera partie. Est-ce que d’ici là la Misma n’a pas intérêt à neutraliser les quelque 400 militaires qui sévissent au camp militaire de Kati ?
Bien entendu. De toute façon, il y a beaucoup de défis qui se posent aux partenaires internationaux du Mali. Parmi ces défis, il y a la réforme du secteur de la sécurité. Ce n’est pas un comité militaire de réformes qui va faire cela et certainement pas un comité dirigé par le capitaine Sanogo. Tout dépendra de l’accompagnement international qui sera mis en place. Il y a aujourd’hui la possibilité de neutraliser progressivement l’influence de la junte.
La communauté internationale compte beaucoup sur la future élection présidentielle pour qu’arrive au pouvoir un président légitime qui s’imposera naturellement à tous. Mais est-ce qu’elle ne se trompe pas ?
C’est une question délicate. Je crois qu’il y a vraiment de solides raisons pour parvenir à des élections rapidement. En même temps, les élections rapidement, ce n’est pas à n’importe quel prix. L’échéance de juillet pour organiser ces élections me semble très ambitieuse et pas très réaliste, et peut-être pas très souhaitable. Mais évidemment, l’échéance pourrait être simplement trois mois plus tard, peut-être à la sortie de la saison des pluies.
Cela pourrait laisser davantage de temps, non seulement pour la sécurisation du territoire du nord du pays qui n’est pas totale, mais également laisser du temps pour créer des conditions psychologiques qui soient favorables à l’organisation d’une campagne électorale et pour que les populations maliennes sentent réellement que les élections font partie du processus de sortie de crise. C’est un pays, tout de même, où les taux de participation aux élections ont été beaucoup plus bas que ce qu’on observe dans les pays voisins d’Afrique de l’Ouest.
Est-ce qu’il faut réconcilier les communautés avant les élections ou peut-on faire les deux choses en même temps ?
Il faut réconcilier dès maintenant. Il faut entreprendre dès maintenant. Et surtout il faut s’assurer qu’on ne fasse rien qui aggrave la rupture de confiance qui existe déjà entre les communautés. C’est pour cela que la mise en place de cette Commission dialogue et de réconciliation est extrêmement importante. Il est nécessaire d’avoir très rapidement la composition de cette Commission et d’entreprendre un travail qui pourrait commencer à la base, localité par localité. Car il y a des différences importantes d’une région à l’autre, et même d’un cercle de régions à l’autre, en terme de crispations et en terme d’évolution des rapports de forces entre les communautés pendant les neuf mois d’occupation par les forces du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) d’abord et ensuite par les forces jihadistes.
© 2013 RFI
©  picture-alliance/dpa
Mali: „Der Einfluss von Kapitän Sanogo ist immer noch da“
Dakar (RFI) – 15/03/2013
Von Christophe Boisbouvier
In Mali ist es nicht gut, den Kapitän Sanogo zu kritisieren. Der Beweis dafür ist die Verhaftung, am 6. März, des Herausgebers der Zeitung Le Républicain, die einen offenen Brief von Soldaten gegen den ehemaligen Putschistenchef veröffentlicht hatte. Ist Kapitän Sanogo ein Jahr nach seinem Putsch immer noch der starke Mann von Bamako? Aus Dakar analysiert Gilles Yabi, Projektleiter für Westafrika von der International Crisis Group (ICG), die Situation.
RFI: „Rühren Sie nicht den Kapitän Sanogo an“, sagen die malischen Behörden. Ein Journalist von Bamako hat es zu seinem Leidwesen erfahren. Bleibt der Putschistenchef nicht der starke Mann von Bamako?
Gilles Yabi : Ich glaube nicht. Es gab immerhin eine Menge Entwicklung seit dem Staatsstreich vom März 2012. Heute hat Kapitän Sanogo einen wesentlichen Teil seines Einflusses verloren. Aber offensichtlich bedeutet die Verringerung des Einflusses nicht die Eliminierung des Einflusses und die totale politische Neutralisierung von Kapitän Sanogo und der Junta, die den Putsch im vergangenen Jahr durchgeführt hat.
Ist die Verhaftung des Herausgebers der Zeitung Le Républicain, Boukary Daou, kein Beweis, dass er noch immer seine Hand über den Sicherheitsapparat hält?
Das ist der Beweis, dass sein Einfluss immer noch existiert. Aber wir dürfen nicht vergessen, dass der Kapitän Sanogo die Generalstabschefs der verschiedenen Korps in Mali ernannt hat, und auch die Leiter des Geheimdienstes, der berühmten Staatssicherheit in Bamako. Diese Leute sind für immer in seiner Schuld. Zwangsläufig ist man auch in einem Kontext, in dem der Präsident Dioncounda Traoré sicherlich durch die französische Militärintervention gestärkt wurde, aber er versucht immer, den Kapitän Sanogo in dieser Übergangsphase zu schonen.
Viele sagen, dass Kapitän Sanogo sich jetzt unauffällig verhält, er aber in Wirklichkeit nicht aufgibt, und sobald die ausländischen Truppen weg sind, versuchen wird die Kontrolle zurückzugewinnen.
Der Putsch war eher das Ergebnis einer Krise der Regierungsführung im Bereich der Sicherheit und der Regierungsführung des Landes über Jahre hinweg, als im Grunde der Auslöser für diese Krise. Das Ergebnis ist, dass heute die zivile politische Klasse diskreditiert ist. Solange die politische Klasse nicht den politischen Raum einnimmt, lässt das dem Kapitän Sanogo und anderen Militärs die Möglichkeit offen, diesen Raum einzunehmen und sich als Alternative zu der politischen Klasse zu positionieren. Dies kann tatsächlich den Militärs immer einen Platz geben.
Allerdings ist Kapitän Sanogo, im Gegensatz zu anderen Kapitänen in der Region, die die Macht ergriffen haben, sich der Reaktion der internationalen und regionalen Partner bewusst, die, ihm extrem feindlich gesinnt sind, die nicht akzeptieren werden, dass er zurückkommt, jedenfalls nicht politisch in die erste Reihe, kurz-oder mittelfristig.
Es scheint, dass Kapitän Sanogos Leutnants untereinander sagen: „In Mauretanien und Niger, konnten unsere Waffenbrüder für mindestens ein Jahr regieren und sich ein kleines Kapital schaffen, warum nicht wir? Wir haben nicht all dies getan, um zum Ausgangspunkt zurückzukehren.“
Es gibt heute sehr klare Frustrationen in der ehemaligen Junta. Sie stehen im Zusammenhang mit dem Gefühl, einen Putsch gemacht zu haben, Politiker angeprangert zu haben – darunter den ehemaligen Präsident Amadou Toumani Touré, aber auch alle wichtigen politischen Akteure in den letzten Jahren – und schließlich diese Politiker wie auch den Interimspräsidenten Dioncounda Traoré wieder in die erste Reihe zurückkehren zu sehen.
Offensichtlich gibt es auch die Risikowahrnehmung, dass schnell organisierte Wahlen letztendlich keine wesentliche Veränderung bei der herrschenden Klasse induzieren. Daher diese Frustration. Aber noch einmal, es ist ein malischer Prozess, der jetzt sehr internationalisiert wurde mit einer friedenserhaltenden Mission der UNO, die umgesetzt werden wird. In diesem Vorgang wird es für Kapitän Sanogo und die Elemente der Junta schwierig sein, sich zu widersetzen und ihre Vision durchzudrücken.
Aber diese internationale Truppe wird in ein oder zwei Jahren weg sein. Hat die Misma bis dahin kein Interesse daran, die rund 400 Militärs im Militärlager von Kati zu neutralisieren?
Sicher. Jedenfalls gibt es viele Herausforderungen für die internationalen Partner von Mali. Eine davon ist die Reform des Sicherheitssektors. Das wird kein militärischer Reformausschuss sein, der das tut, und sicherlich kein von Kapitän Sanogo geleitetes Komitee. Alles hängt von der internationalen Unterstützung ab, die hier eingesetzt wird. Man ist heute in der Lage, den Einfluss der Junta progressiv zu neutralisieren.
Die internationale Gemeinschaft zählt stark auf die zukünftigen Präsidentschaftswahlen, damit ein legitimer Präsident an die Macht kommt, der sich gegen alle behauptet. Aber täuscht sie sich da nicht?
Dies ist eine heikle Frage. Ich glaube, es gibt wirklich gute Gründe, um schnell Wahlen anzusetzen. Gleichzeitig darf man nicht um jeden Preis die Wahlen schnell machen. Der Juli-Termin, um diese Wahlen zu organisieren, scheint mir sehr ehrgeizig und nicht sehr realistisch, und vielleicht nicht sehr wünschenswert. Aber natürlich, der Termin könnte einfach drei Monate später sein, vielleicht am Ende der Regenzeit.
Dies könnte nicht nur mehr Zeit geben zur Sicherung des Territoriums im Norden des Landes, die nicht vollständig ist, sondern auch Zeit, um die psychologischen Bedingungen zu schaffen, die günstig für die Organisation einer Wahlkampagne sind, und dass die Malier wirklich das Gefühl haben, dass die Wahlen Teil des Auswegs aus der Krise sind. Es ist immerhin ein Land, wo die Wahlbeteiligung deutlich niedriger lag als in den Nachbarländern Westafrikas beobachtet.
Muss man die Gemeinschaften vor der Wahl versöhnen, oder kann man beides gleichzeitig tun?
Man muss ab jetzt versöhnen. Man muss sich das ab jetzt vornehmen. Und vor allem sicherstellen, dass man nichts tut, was den Bruch des Vertrauens, den es bereits zwischen den Gemeinschaften gibt, verschlimmert. Deshalb ist die Einrichtung dieser Kommission des Dialogs und der Versöhnung extrem wichtig. Es ist notwendig, sehr schnell die Zusammensetzung dieser Kommission zu kennen und eine Arbeit zu machen, die mit den Grundlagen beginnen könnte, Ort für Ort. Denn es gibt erhebliche Unterschiede von einer Region zur anderen und sogar von einem Kreis zum anderen. im Hinblick auf Spannungen und im Hinblick auf die wechselnden Machtverhältnisse zwischen den Gemeinschaften in den neun Monaten Besetzung durch die Kräfte der MNLA (Nationale Bewegung für die Befreiung des Azawad) und dann durch die Dschihad-Streitkräfte.
© 2013 RFI

2 Gedanken zu „IST KAPITÄN SANOGO NOCH DER STARKE MANN VON BAMAKO? – « Pas touche au capitaine Sanogo »

  1. En supplément pour les lecteurs et lectrices francophones:
    – Zwei Auszüge auf deutsch s.u. –
    Entretien avec le capitaine Sanogo
    Dans une interview exclusive avec la DW à Bamako, le capitaine Amadou Sanogo revient sur les raisons qui l’ont conduit à commettre un coup d’État, il y a près d’un an, et évoque les perspectives du Mali à quelques mois des élections. Propos recueillis par Yaya Konaté.

    => Ecoutez son interview ICI
    Il commence par: « En posant cet acte, nous avions un idéal. »
    Et il termine en répondant à la dernière question: „Je ne serai pas candidat aux élections à venir.“

    Kapitän Sanogo, Ex-Putschist, hat der Deutschen Welle in Bamako ein Exklusivinterview gegeben.
    Er spricht über die Gründe, die ihn zum Staatsstreich geführt haben, und über die Perspektiven Malis einige Monate vor den Wahlen.
    Er beginnt mit „Bei diesem Akt hatten wir ein Ideal.“ Und er endet mit der Antwort auf die letzte Frage des Korrespondenten Yaya Konaté:
    „Bei den kommenden Wahlen werde ich nicht kandidieren.“

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  2. Autre supplément:
    Mali : Sanogo, un petit tour et puis revient
    Jeune Afrique – 18 Mars 2013

    Un an bientôt qu’il a renversé Amadou Toumani Touré. Un an qu’il promet de se mettre en retrait, puis de se battre pour son pays. Un an qu’il joue de son influence pour rester au centre du jeu, lui, le capitaine putschiste, Amadou Haya Sanogo, que la République du Mali peine à écarter.

    Mais qu’on lui donne des armes, s’énervait-il en juin dernier dans les colonnes de Jeune Afrique. On allait voir ce qu’on allait voir ! Le temps a passé… et on n’a rien vu du tout. Le capitaine Amadou Haya Sanogo avait beau jurer que sa place était au front, il est toujours au camp militaire de Kati, à l’exact endroit où il s’est installé au lendemain du coup d’État contre Amadou Toumani Touré (ATT), le 21 mars 2012. Et pour Idriss Déby Itno, dont les hommes ferraillent depuis le 5 février dans le Grand Nord (27 d’entre eux ont été tués, le 22 février, dans le massif des Ifoghas), sans doute la pilule est-elle dure à avaler. « Soldats maliens, a lancé le président tchadien le 27 février lors du dernier sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), votre place est au front pour accomplir votre devoir de protection des populations ! »

    Le capitaine Sanogo paraît surtout prendre ses aises au coeur du pouvoir. Le 13 février, il a officiellement été investi à la tête du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité, à Bamako. Bien loin des combats qui font rage aux confins du pays.

    Ce jour-là, tout le gratin de la République, en tenue des grands jours, avait répondu à l’invitation de Dioncounda Traoré, le président de la transition (certains avaient d’ailleurs fait le déplacement sans même savoir que c’était au capitaine Sanogo que l’on s’apprêtait à rendre hommage). Il y avait là, dans la grande salle de conférences du palais de Koulouba, le chef de l’État, bien sûr, mais aussi son Premier ministre, Diango Cissoko, le ministre de la Défense, Yamoussa Camara, ainsi que les présidents d’institution et les représentants des corps d’armée. Pourquoi tant d’honneurs ? Sanogo n’avait-il pas été nommé à ce poste six mois plus tôt ? À Bamako, beaucoup s’en sont agacés. « Après tous les efforts faits pour le mettre sur la touche, ce qui se passe donne envie de se frapper la tête contre les murs », peste un militant des droits de l’homme. « Pendant la cérémonie, on a perdu le compte des amabilités que le président et le capitaine se sont renvoyées, ironise un témoin de la scène. Il est clair qu’il va maintenant avoir un rôle officiel et qu’on lui devra tous les honneurs. »

    – Passage à tabac –
    De quoi faire grincer des dents ceux qui persistent à croire que le chef des putschistes a organisé le passage à tabac de Dioncounda Traoré, fin mai 2012, et que l’intervention française, le 11 janvier dernier, a permis d’empêcher un coup de force du capitaine contre le président de la transition (dont la maison avait été encerclée par des militaires dans la nuit). D’ailleurs, en privé, l’ancien chef de la junte ne se gêne pas pour critiquer Dioncounda Traoré et les caciques de l’ancien régime toujours aux affaires. « On n’a pas fait tout ça pour revenir au point de départ ! » s’est-il emporté en janvier devant un visiteur.

    En attendant, le comité qu’il dirige est chargé d’élaborer un plan de réforme et de réorganisation de l’armée, de s’assurer de sa mise en oeuvre, puis d’en faire l’évaluation. On ignore tout de l’identité de ses 14 autres membres, mais Sanogo – qui a remercié Traoré de lui avoir confié cette « lourde tâche » – assure qu’il n’a « aucune vocation politique et [qu’il] ne saurai[t] se substituer à la chaîne de commandement militaire ».

    En mettant Sanogo au coeur du système, on le rend lui aussi comptable de la gestion du pouvoir.

    Le poste équivaut-il à une mise sur la touche ? Les avis divergent. Il y a ceux qui soulignent que, bien que directement rattaché au cabinet du président, le jeune capitaine est seul maître à bord. C’est bien mieux que le poste de premier vice-président du Haut Conseil d’État que lui avait promis Traoré lors de son retour au Mali, en juillet 2012. « Mais en le mettant au coeur du système, on le rend lui aussi comptable de la gestion du pouvoir », souligne un membre de l’entourage présidentiel. Et quelles réformes Sanogo sera-t-il chargé de mener ? Quelle marge de manoeuvre aura-t-il ? Le capitaine n’a pas assisté, le 21 février, à la signature de l’arrangement technique autorisant la formation de soldats maliens par des Européens à partir d’avril. Quant au général Lecointre, le Français qui dirige la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali (EUTM), il a affirmé ne pas traiter avec le capitaine… Juste ce qu’il fallait pour convaincre une partie des Maliens que cette nomination n’est rien d’autre qu’une voie de garage.

    Rémunération versée au président du Comité de réforme. À Bamako, certains y voient une prime au coup d’État…

    « Une voie de garage peut-être, mais une voie royale, commente un diplomate ouest-africain en poste à Bamako. Les émoluments des membres du comité [voir ci-dessus, NDLR] sont plus que confortables, et cela permet à son président de consolider son pouvoir. L’armée française finira par quitter le Mali. Sanogo, lui, restera. »

    Surtout, l’ex-putschiste a toujours la mainmise sur l’appareil sécuritaire. Le colonel Ibrahima Dahirou Dembélé, le chef d’état-major, est un ancien du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), la junte. Tout comme le ministre de l’Administration territoriale, Moussa Sinko Coulibaly, qui fut son directeur de cabinet, et l’actuel directeur de la gendarmerie nationale, le colonel Diamou Keita, qui fut son conseiller (Coulibaly et Keita sont des amis de longue date du capitaine, qu’ils ont connu au Prytanée militaire de Kati). Et c’est encore Sanogo qui a nommé le patron des renseignements, Sidi Alassane Touré. « Sans compter les nombreux soutiens qu’il compte encore, argumente un journaliste malien : tous ces militaires qui ont vu leurs primes de guerre passer de 6 000 à 50 000 F CFA, tous les déçus de la classe politique traditionnelle et tous les nationalistes qui, au moindre faux pas des forces internationales, remonteront en puissance. » Le problème, conclut un haut gradé, « c’est surtout le manque de leadership politique. Sanogo profite du vide. »

    – Pas d’interview –
    À Kati, on fait mine d’ignorer toutes les interrogations quant à son influence réelle. Sur le fronton du bâtiment, le siège du CNRDRE est toujours annoncé en grandes lettres vertes peintes sur fond blanc. La mention du Comité de réforme a été ajoutée dessous et en petit. Amadou Haya Sanogo s’y fait plus discret que jamais. On l’a vu rendre visite à la troupe, à Sévaré, puis aux soldats blessés de l’hôpital Gabriel-Touré de Bamako, mais ni ses autres déplacements ni les actions du comité ne sont médiatisées. Sanogo a refusé toutes nos demandes d’interview « pour justement ne pas être accusé de s’immiscer dans la vie politique, explique l’un de ses proches. Mais le capitaine n’a pas attendu son investiture officielle pour commencer à travailler ». Et de citer, pêle-mêle, la prise en charge des blessés de guerre, la réfection de l’école primaire du camp et la centralisation des soins à l’hôpital militaire de la ville.

    Le décret qui porte création du comité laisse la possibilité de prolonger son mandat au-delà des élections, prévues en juillet. À Bamako, le 13 février, Sanogo a affirmé qu’il ne souhaitait pas passer « un seul instant à la tête du comité [une fois terminée] la période de transition », mais il s’est bien gardé de dire ce qu’il ferait ensuite. Selon certaines indiscrétions, il se verrait bien entrer en politique. De là à dire qu’il se rêve un destin présidentiel à la ATT…

    – L’ombre du soupçon –
    « C’est le genre de sujet qu’il vaut mieux éviter. On est passé à tabac pour moins que ça », prévient un journaliste malien. À Bamako, on se garde bien d’évoquer ouvertement les « coïncidences » du mois de janvier. Reste qu’au moment même où les jihadistes attaquaient Konna, le 8, la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam, projunte) manifestait violemment à Bamako contre le président Traoré. Même les services français ont admis qu’ils étaient troublés par les « fréquents contacts téléphoniques » qui ont eu lieu entre Ansar Eddine et les meneurs des manifestations entre le 8 et le 10 janvier. De quoi alimenter les soupçons de connivences entre les groupes armés et Oumar Mariko, leader de la Copam et fervent supporteur du capitaine Sanogo. C’est d’ailleurs lui qui, en juillet 2012, avait rencontré des représentants d’Ansar Eddine à Niafunké, avec la bénédiction du chef des putschistes. Ce dernier a-t-il encouragé des troubles, dans le Nord comme dans le Sud, pour revenir sur le devant de la scène à Bamako ? À voir. M.G.B..
    © 2013 jeuneafrique

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