Sur la naïveté des Maliens (Contribution d’un Malien qui se dit peut-être naïf)

Mali: Quand la naïveté domine le débat et aveugle tout un peuple
Bamako (maliweb) – 02.09.2012
Par Mr Sidi Mohamed Diawara
Il est de plus en plus question de négocier avec les Islamistes et le MNLA, d’ailleurs le sujet n’est pas nouveau. Lorsque les massacres d’Aguelhoc ont eu lieu en Janvier, et qu’on a tout de suite dit que les méthodes d’exécution de nos braves soldats relèvent plus de la pratique de AQMI et autres affiliés, j’ai dit à un ami qu’il y a là une démarche pédagogique qui consiste à apaiser l’opinion nationale et ensuite présenter le MNLA plus tard comme un acteur « fréquentable » avec qui on peut dialoguer. Les conclusions des investigations, comme je l’avais prévu, ont « dédouané » le MNLA. Peu de Maliens ont compris et beaucoup ont avalé la couleuvre.

Le Mali est coupé en deux, son armée mise en déroute et une République éphémère est même née dans la partie occupée, mais le pays n’est pas officiellement en guerre. Le président déchu et son remplaçant intérimaire n’ont pas pensé demander une résolution à l’Assemblée Nationale pour autoriser la déclaration de guerre. Les gouvernements successifs n’ont pas daigné restreindre les libertés publiques et en conséquence tout le monde prend la rue, empêche les Institutions de fonctionner et on va jusqu’à agresser le Président intérimaire dans son bureau. Il faut être Malien pour croire que les patrouilles de nuit de la police et de la gendarmerie suffisent pour sécuriser les villes encore sous contrôle gouvernemental et empêcher l’infiltration des Djihadistes. Tout va bien ! C’est juste une distraction temporaire, les groupes armés abandonneront le terrain.

Aujourd’hui, les coalitions tous azimuts naissent avec tambour et trompette, elles se rendent au Nord et reviennent avec des idées, des propositions. Le Médiateur patenté de la CEDEAO accueille le MNLA, lui donne une gîte et on nous dit que la Suisse aurait même financé une rencontre du groupe séparatiste. Le gouvernement du Mali ne proteste pas. On nous dit que le Qatar finance Ansar edine. Le Mali ne proteste pas. Oh, j’oubliais, quand un pays Arabe fait quelque chose, ce n’est pas grave. Le MNLA compte des élus de l’ADEMA et de l’URD,mais personne ne songeà les exclure officiellement de leurs rangs, peut-être pour pouvoir les récupérer après. Des Maliens continuent de penser qu’il suffit que le Gouvernement demande de l’aide à la CEDEAO et à l’ONU pour que le Nord soit libéré. Hélas, s’ils savaient ? Ils ne comprennent pas comment la communauté internationale fonctionne et ne savent pas que la CEDEAO compte en fait sur les Occidentaux pour payer la note.

Yayi Boni est allé voir François Hollande dès l’installation de ce dernier à l’Elysée pour « vendre » le dossier du Mali. Le Bon nouveau Président, fidèle aux pratiques du Parti Socialiste (le Parti de la Non-action) a invité Mr Boni à aller chercher de l’aide à New York et le bon et naïf Boni a sauté sur cette proposition. On attend encore un engagement des Nations Unies. Hélas on risque d’attendre encore car la Syrie est plus importante et l’élection présidentielle aux USA cette année, exige beaucoup de prudence de notre cousin Obama. On risque d’attendre encore car l’Europe est en crise et sauver la Grèce, l’Espagne et l’Italie et la zone Euro est bien plus une priorité pour la France et l’Allemagne que de financer une opération militaire au Mali. Et pire, la vie de 3 otages Occidentaux vaut mieux que celle des 15 millions de Maliens. Il vaut mieux payer une rançon pour les sauver que de financer l’armée du Mali. Mais les naïfs ne comprennent pas cela ; ils ne comprennent rien du tout.

La benjamine des Coalitions « Coalition pour le Mali » envoie des délégations au Nord et revient nous servir un plat de toute naïveté avec des recommandations qu’ils ont vite fait de mettre dans la presse pour se donner de la visibilité. Comment envisager la présence de l’administration au Nord sans les Forces de l’ordre et de sécurité Malienne ? Quel est l’administrateur malien qui ira s’installer à Tombouctou pendant que le criminel Iyad Ag Ghaly s’y trouve ? Où est-ce que le Gouverneur de Gao va s’installer ? Dans le Salon du Commissaire local du MUAJO ? A qui ces administrateurs rendraient-ils compte ? Ansar edine payera-t-il le fuel nécessaire aux machines de l’EDM et collectera les impôts et taxes pour les remettre aux représentants de l’Etat du Mali ????

Que négocier avec quelqu’un qui dit avoir le MONOPOLE de la vérité et ne voit que sa charia qui n’est même pas un corpus organisé mais plutôt quelque versets coraniques pris et ça et là, mal interprétés et hors de contexte ?. Franchement, il faut être politicien Malien ou simplement Malien pour croire que les hommes armés à Tombouctou, Kidal et Gao sont des enfants de cœur, prêts à plier bagage et s’en aller comme ils sont arrivés.

Le Ghana met aux arrêts les opposants Ivoiriens sur son sol mais on déroule le tapis rouge au MNLA au Burkina Faso et en France. Il y a au Sud un Islamisme rampant dont l’explosion a simplement été retardée par le problème au Nord, mais on ne le sait pas. Tout va bien au Sud. Pendant que les Islamistes font leur promotion au Nord, au Sud on n’a jamais organisé un débat pour dénoncer l’imposition forcée de la charia. Est-ce qu’on doit prendre le fusil et la cravache pour imposer l’islam ou la Charia à un peuple encore en 2012? Non, on ne va pas faire un tel débat. Le Haut Conseil Islamique ne l’abordera pas non plus pendant sa dernière grande démonstration de force au Stade du 26 mars. Il n’y a aucun effort de communication à l’endroit des populations du Nord pour discréditer le MUJAO et Ansar edine. Non, il ne faut pas les contrarier, mieux on nous dit plutôt qu’ils sont « ouverts » et « qu’ils ont été très accueillants » lorsque la Coalition du Mali leur a rendu visite. Les délégués de cette coalition ont peut- être oublié de nous dire qu’ils ont eu droit aux honneurs militaires, à un « méchoui », du thé, des dattes, toutes choses qu’on trouvera au paradis…enfin, pour ceux qui accèderont. A peine si on ne fait pas l’éloge du MUJAO et de Ansar eddine ! Au lieu de mettre la pression sur les Djihadistes criminels et le MNLA, on met plutôt la pression sur le Gouvernement ; on le harcèle de partout et le problème a été déplacé, dénaturé et même occulté. C’est un problème de Cheick Modibo Diarra et d’Amadou Haya Sanogo. Ah, les Maliens ! On exige un gouvernement d’union nationale (le terme le plus démagogique possible en politique) sinon on ne s’occupe pas des affaires urgentes ! On se dit être un pays de musulmans, pendant que nos coreligionnaires arabes nous poignardent dans le dos et les pays non musulmans, et non arabes nous viennent en aide! Mais non on ne dit rien.

De nouveaux analystes politiques vont même à « disséquer » la composition ethnique du Gouvernement. Nous sommes tombés très bas, si bas que je demande si on va jamais se relever.

Peut-être que c’est moi que ne comprends rien ! C’est moi qui suis naïf… peut-être.

Une contribution de Mr Sidi Mohamed Diawara | Expert en Assistance Electorale (Mali)

30/08/12

About the author / Sur l’auteur:
TrustAfrica – Who We Are: Our Staff
http://www.trustafrica.org, 21 June 2010
Sidi Mohamed Diawara (Mali), Civil Society Programs Specialist, Liberia

Mr. Diawara joined TrustAfrica in September 2008 to lead our efforts strengthen civil society in Liberia. His work with civil society groups in West Africa began in 1991, when he was a youth leader in the democratic movement that brought change in his native Mali. After completing a law degree and joining the Malian bar, Mr. Diawara co-founded the Malian Association for Legal Information (AMICAJ) to advocate for human rights and conduct civic education in rural areas. He earned a Master’s degree in training and organizational development at St. Joseph’s University (Philadelphia, USA) in 2000 and then joined Oxfam GB as its regional media and advocacy coordinator for West Africa, tackling policy issues related to conflict reduction, education, trade, and poverty reduction. More recently, Mr. Diawara has held management roles as the National Democratic Institute’s country director in Liberia (2004-2006), where he worked with civil society groups to strengthen the peace process and monitor the elections, and in Cote d’Ivoire (2006-2007), where he worked to build the capacity of political parties and support the peace process. He speaks English, French, and Bambara.

M. Diawara travaille au sein de TrustAfrica.

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